3. La Russie restaurée
À la fin des années 1990, la faiblesse et les manigances du pouvoir central, ainsi que son incapacité à assurer la prospérité contribuent à déconsidérer la démocratie aux yeux d'une société qui refuse sa confiance aux nouvelles institutions, ce qu'elle manifeste notamment en pratiquant l'abstention électorale et l'évasion fiscale. Le discrédit qui pèse sur le pouvoir eltsinien, aggravé par une grave crise financière, explique a contrario le soutien au nouveau président, Vladimir Poutine, alors que l'Occident parle de dérive autoritaire.
• Le redressement paradoxal : la crise financière de 1998
Incapables d'assurer la collecte fiscale, les autorités fédérales recourent de plus en plus au mirage des bons du Trésor, ouvert désormais aux intervenants extérieurs. Cette pyramide financière s'effondre en août 1998 : le gouvernement décrète le défaut de paiement sur la dette publique interne qui s'élève à 11,6 milliards de dollars, un moratoire sur la dette extérieure et la dévaluation du rouble.
La panique est grande. De nombreux petits épargnants se voient spoliés de leurs dépôts bancaires et la classe moyenne émergente est déclarée mourante. En fait, la catastrophe s'éloigne rapidement et les effets vertueux de cette crise se font bientôt sentir. La bulle spéculative a éclaté et les acteurs économiques se tournent avec d'autant plus d'énergie vers les activités de production que l'effondrement du rouble stoppe les importations de biens de consommation, auxquels les produits domestiques vont pouvoir désormais se substituer. La chute de la production industrielle est enfin arrêtée ; la Russie renoue avec la croissance. La logique des oligarques change : le partage des richesses étant plus ou moins achevé, la priorité va désormais à la protection du patrimoine ; la notion de règle s'en trouve valorisée. Ils sont donc prêts à favoriser la promotion d'un président capable de ramener un peu d'ordre.
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