2. Nouvel ordre, nouveaux désordres (1993-1998)
Avec l'adoption de la nouvelle Constitution, le pouvoir politique a désormais les mains libres pour promouvoir ses réformes. Faute d'un soutien populaire, il se tourne vers les grands acteurs économiques qui ne manquent pas de tirer profit de cette alliance. Cette inflexion n'est pas sans effet sur l'opinion publique qui, choquée par les arrangements qui se trament en coulisses, par les bouffées de violence qui accompagnent ce partage des richesses, exprime de plus en plus sa nostalgie de l'ordre.
• Un capitalisme sans capitaux
Les privatisations sont le grand chantier libéral qui succède à la libéralisation des prix. La première phase, qui débute à l'automne de 1992, est ambiguë. D'une part, les privatisations sont présentées comme une sorte d'actionnariat populaire visant à rendre à la société une propriété dont l'État communiste l'avait spolié. D'autre part, elles interviennent dans un contexte d'effondrement de la production industrielle, voire de désindustrialisation, qui rend difficile l'estimation des entreprises privatisées, l'absence de transparence des transactions venant renforcer le soupçon qui pèse sur ces opérations : le pouvoir sera bientôt accusé de brader le patrimoine à ses affidés et les privatisations seront qualifiées d'injustes.
De plus, à l'encontre du modèle théorique, cette opération ne contribue pas à améliorer l'efficacité économique : elle ponctionne les ressources disponibles, rares, qu'il aurait peut-être mieux valu injecter dans des investissements de modernisation ; elle n'abolit pas la structure très monopoliste de l'industrie ; enfin, effectuée à bas prix, elle ne remplit guère les caisses d'un État qui, pour parer à ses difficultés budgétaires, se lance en mai 1993 dans l'émission de bons du Trésor aux taux de rémunération attractifs, qui auront bientôt des conséquences néfastes.
Peu à peu se constituent, à la faveur de circonstances plus ou moins troubles, de grands « groupes industriels et financiers ». Mikhaïl Khodorkovski, patron de la banque Menatep, crée ains […]
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