2. Les défis de la transformation
• Logiques d'ensemble
Pour donner à comprendre l'économie de la Russie et sa trajectoire depuis le début des années 1990, il faut revenir sur le défi que représentait la transition vers l'économie de marché. Rappelons tout d'abord que celle-ci est la suite logique d'une stratégie – la perestroïka –, enclenchée au milieu des années 1980 et qui avait pour ambition d'enrayer une stagnation des productions et une difficulté croissante à satisfaire les demandes de la société. Fondée sur l'idée d'autonomie des acteurs, et articulée avec des éléments de libéralisation dans le champ politique (glasnost), la perestroïka a abouti au désordre : la chute des productions commence dès 1989, la dette ne cesse de croître, et l'inflation atteint en 1991, selon certaines estimations, un niveau proche des 100 p. 100, s'accélérant encore au cours du dernier trimestre. La transition vise explicitement à guider le système productif « par le bas », c'est-à-dire par la mise en branle d'acteurs agissant sur la base de leur propre intérêt et usant principalement de ces outils du marché que sont les prix et la monnaie. Un défi de cette ampleur – rien moins que d'inverser une logique globale de fonctionnement socio-économique – supposait que puissent fonctionner les institutions et les agents, notamment publics, qui encadrent partout ces outils. Il fallait en outre que les règles de fonctionnement de ces institutions soient établies et – tout aussi décisif – qu'elles soient appliquées et intériorisées par les acteurs. Or les délais de maturation de ces divers pans du changement global sont divers : rapides pour l'introduction des outils, plus lents pour la prescription des règles et la mise en place des structures chargées de les faire appliquer, plus lentes encore pour l'adaptation des représentations et des comportements qu'elles impliquent.
Par ailleurs, le souci de mieux adapter les productions à la demande et celui d'améliorer les productivités devaient conduire à une nouvelle affectation du travail et du capital, utilisés certes imparfaitement mais en totalité, et une modification sensible des structures de production. Tout cela ne pouvait conduire pour un temps qu'à un déclin de nombre de productions avant que les productions correspondant à la demande sociale réelle et aux contraintes de productivité nouvelles puissent apparaître. Bien entendu, un tel mouvement eût mérité d'être maîtrisé, géré, progressivement construit : il n'en a rien été, du fait du défaut de contrôle de l'évolution politique et sociale par les gouvernants.
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