1. Un cinéma révolutionnaire
• Les commencements : rupture et continuité
Le cinéma ne naît pas du décret de Lénine. Il était déjà une industrie prospère sous le tsar. Un système de production et un réseau de salles se sont créés. Plus encore, divers pionniers en ont pressenti les possibilités artistiques : Piotr Tchardynine, le réalisateur de films d'animation Ladislas Starévitch, Iakov Protazanov, Evguéni Bauer surtout, qui fait du symbolisme un style cinématographique. Même les avant-gardes avaient pied dans le cinéma prérévolutionnaire : le metteur en scène Vsevolod Meyerhold, grand rival de Stanislavski, avait réalisé deux films avant de lancer l'« Octobre théâtral », et le poète futuriste Vladimir Maïakovski avait écrit et interprété plusieurs films en 1918, mais pour des firmes privées traditionnelles.
La révolution chasse bon nombre de techniciens et d'acteurs, d'abord en Crimée, où ils avaient l'habitude de tourner leurs extérieurs, puis à travers l'Europe, dans une émigration qui les mènera jusqu'aux centres de production : Berlin, Paris, Londres. L'infrastructure industrielle est en grande partie détruite par la guerre civile. Mais ceux qui fondent le cinéma soviétique, dans les plus grandes difficultés, assurent une continuité autant qu'ils opèrent une rupture. Lev Koulechov est le décorateur et élève de Bauer, mort de la grippe espagnole. Le vétéran Vladimir Gardine fonde la première école de cinéma à Moscou. Iakov Protazanov revient en 1923 de son émigration en France et en Allemagne, et assure jusqu'au début des années 1940 la continuité d'un cinéma traditionnel de haute qualité.
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