7. La littérature postsoviétique
• Le roman et le récit
Lorsque le régime totalitaire s'effondre, les donnes de la culture se modifient profondément. La période de la « perestroïka » (1985-1991) constitue l'apogée du rôle central de la littérature dans l'opinion publique russe. Entre la fin de 1985 et le début de 1986 paraissent trois romans emblématiques qui dénoncent violemment la déliquescence morale de la société soviétique : Požar (L'Incendie) de Valentin Raspoutine (né en 1937), Pečal'nyjdetektiv (Triste Polar) de Viktor Astafiev (1924-2001), deux écrivains ruralistes, et Plaha (Le Billot, traduit en français par Les Rêves de la louve) de Tchinguiz Aïtmatov.
La littérature réunifiée
L'étape suivante va consister en la réunification de la littérature russe : on fait connaître la littérature interdite auparavant (comme Nous autres d'Evguéni Zamiatine), les œuvres écrites « pour le tiroir » – ainsi le gros roman d'Anatoli Rybakov (1911- 1998), Deti Arbata (Les Enfants de l'Arbat), écrit pendant le « dégel », mais publié seulement en 1987 – et celles des écrivains émigrés : Vladimir Nabokov, mais aussi les émigrés récents, comme Sergueï Dovlatov (1941-1990) qui décrit la communauté juive russe de Brooklyn, Gueorgui Vladimov, Friedrich Gorenstein (1932-2002) ou Vladimir Voïnovitch. Les périodes et les événements de l'histoire soviétique jusque-là passés sous silence, et en particulier le stalinisme, sont les thèmes récurrents de cette époque. En 1989, la publication de l'œuvre d'Alexandre Soljenitsyne, le dissident le plus célèbre, marque la dernière étape de ce processus de réunification.
Après cette vague de publications, les médias prennent le relais des débats d'idées, et le marché du livre se modifie : le grand public, lassé des œuvres sombres, se tourne vers une littérature de distraction, dans laquelle le roman policier, peu encouragé durant la période soviétique, a la part belle. La culture « élitiste » reflète quant à elle la crise et le désarroi des intellectuels russes, et les interrogations d'une société confrontée à la fois à la révision de son passé et à un présent à bien des égards difficile.
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