De La Grande Peur de 1789 (Georges Lefebvre, 1932) aux « thèses » prétendant faire la lumière sur les attentats du 11 septembre 2001, des rumeurs accompagnent tous les moments forts du temps public, le plus souvent sous la forme de contre-versions de la version « officielle » des événements. Hier comme aujourd'hui, la chronique des contemporains rend compte, en s'étonnant, de la fortune de tels récits où l'invraisemblable côtoie l'actualité immédiate. Les sciences sociales ont très tôt témoigné de l'intérêt pour le phénomène social des rumeurs et les phénomènes voisins que sont la diffusion des fausses nouvelles, les nouveaux récits du folklore populaire ou le commérage.
L'émergence au xixe siècle de la « société de masse » et l'apparition successive de nouveaux moyens de communication de masse (de la presse à grand tirage à Internet) n'ont pourtant cessé de modifier les manifestations de ce phénomène. Cette instabilité des formes positives de la rumeur explique en grande partie le caractère disparate de son traitement scientifique tout au long du xxe siècle. Et derrière les fausses évidences du sens commun, la notion de « rumeur » recouvre aujourd'hui encore des réalités et des enjeux de connaissance différents pour les néofolkloristes (Jean-Bruno Renard, 1999), les spécialistes des sciences de l'information et de la communication (Pascal Froissart, 2002) ou les sociologues (Françoise Reumaux, 1994 ; Philippe Aldrin, 2005).
Dans le langage commun, le terme « rumeur » désigne une nouvelle non vérifiée qui se propage rapidement dans le public. D'un usage courant, il est appliqué à toute nouvelle incertaine dont la diffusion semble échapper aux dispositifs sociaux qui assurent de façon habituelle la certification et la promotion publique des informations (médias journalistiques, autorités étatiques, académiques ou religieuses). L'association traditionnelle du terme avec le verbe « colporter » souligne le caractère tout à la fois officieux, anonyme et indénombrable attac […]
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