4. Les ruines comme thème du romantisme
Avec le temps, la réalité se charge d'avérer les prophéties des artistes ; dans ce sens, on peut dire que les tableaux de Monsù Desiderio « portent malheur », comme veut la légende. Car sa Destruction de Sodome anticipe d'un siècle le tremblement de terre de Lisbonne. Ce désastre (1755) et les fouilles d'Herculanum furent les deux événements qui tempérèrent l'imagination des hommes vers le milieu du xviiie siècle. Ces événements donnèrent l'actualité au thème des ruines avec lequel les artistes continuaient à jouer (au xviiie siècle la tradition du rovinismo compte des noms célèbres : Sebastiano Ricci, Bernardo Bellotto, Giovani Paolo Panini, Hubert Robert). Les esprits moins subtils virent comme origine des ruines la manifestation de la colère de Dieu ; ainsi le premier des « visionnaires » italiens du xviiie siècle, Alfonso Varano, en s'inspirant de textes de Voltaire et du père Norberto Caimo, chanta en monotones terzine, d'après le modèle de Dante (en réaction contre les langueurs de l'Arcadia), la catastrophe qui avait transformé une belle ville en un tas de décombres, comme exemple du sublime terrible : car le tremblement de terre était l'œuvre du plus sublime des agents, Dieu, dans sa juste réprobation des hommes. Mais des esprits plus délicats découvrirent, en présence de tels phénomènes, une sensation nouvelle, éprouvèrent un frisson, pas tout à fait désagréable, en face du spectacle de la beauté menacée et agacée : le poète Ippolito Pindemonte appelait cela : « quell'orror bello che attristando piace » (« cette belle horreur qui plaît tout en nous rendant tristes »). Ainsi, ces mêmes ruines que les artistes du xviie siècle avaient adoptées à cause de leur bizarrerie, les hommes du xviiie les choisirent comme dépositaires de leurs vagues aspirations vers l'infini et le passé, vers la beauté menacée par la mort. C'est alors l'apogée de ce courant qui avait fait une première apparition timide avec Du Bellay, Montaigne, le tragédien élisabéth […]
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