2. Une vie comme les autres
Après 1888 Kipling découvre le monde. Il voyage et se fixe en Amérique pendant plusieurs années. Il est marié, a des enfants. C'est alors qu'il produit ses chefs-d'œuvre, les premier et second Livres de la jungle (Jungle Books) en 1894 et 1895. Il continue à écrire des poèmes que les amateurs trouvent parfois faciles et vulgaires, mais qui regorgent de vitalité et relèvent de cette poésie virile dont Byron et Browning sont, au xixe siècle, les autres représentants.
En 1896, Kipling s'installe définitivement en Angleterre, dans le Surrey, qu'il ne quittera plus que pour des voyages en Amérique ou des séjours en Afrique du Sud où l'épopée des Boers le fascine. Il se détache de plus en plus des formes modernes, brutales et cyniques de cet impérialisme dont d'ores et déjà il est, bon gré, mal gré, considéré comme le chantre. L'excitation nationaliste du jubilé de diamant lui inspire des inquiétudes qu'il exprime dans son fameux poème Recessional, mais il n'est pas entendu ou du moins pas compris.
Il continue à écrire pour les jeunes, Kim en 1901, les Histoires comme ça (Just So Stories) en 1902, puis une série d'œuvres moins connues comme Puck of Pook's Hill (1906), Debits and Credits (1926), Limits and Renewals (1932), jusqu'à sa mort. C'est en 1937 que parut un de ses livres les plus attachants, sa discrète autobiographie intitulée : Quelque chose de moi-même (Something of Myself).
Kipling y fait un bilan courageux et clairvoyant d'une existence qui n'a guère été marquée que par des tragédies familiales : la mort de l'aînée de ses filles aux États-Unis au cours de l'hiver 1899 et celle de son fils en 1915 à la guerre.
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