D'une famille d'intellectuels, Rudolf Camerarius est le fils d'Elias Rudolph, docteur en philosophie et en médecine, qui fut professeur, puis recteur de l'université de Tübingen et membre de la célèbre Academia Caesareo-Leopoldina naturae curiosorum. Après de brillantes études, il quitte à vingt ans Tübingen pour faire, comme il était de règle dans la bonne société, son tour d'Europe occidentale, accueilli tour à tour dans les diverses capitales par les éminents savants qui y travaillent. À son retour, il est nommé professeur de médecine à l'université et est appelé à l'Academia, aux côtés de son père. Il donne des publications sans interruption de 1684 jusqu'à sa mort, le plus souvent dans le grand périodique des Ephemeridum germanicarum decuriae... annus... D'une curiosité sans bornes, il traite de sujets allant de la physique du globe à la médecine, en passant par les formes les plus diverses de la biologie. Le grand problème qui le hante tout au long de son existence est aussi vieux que le monde : la transmission et l'origine de la vie. La réflexion s'inscrit naturellement dans un temps historique, un temps de grande mutation, qui voit s'affronter deux mouvements irréductibles : tandis que les uns défendent encore ardemment le courant fin de siècle, héritier de l'Antiquité, qui agonise, les autres, voulant ignorer tout ou presque du passé, regardent exclusivement vers l'avenir. Au confluent de ces deux mondes, la position de Camerarius, moins tranchante, plus ouverte, est originale.
D'une part, en effet, il réfléchit en « moderne » aux problèmes du moment : citons par exemple celui de l'hermaphrodisme qu'il se réjouit, grâce entre autres à Swammerdam, de voir enfin émerger de la fable pour entrer dans le cadre de lois générales ; ou celui de l'ovisme et du spermisme, si grave, qu'après avoir lu Sténon, R. de Graaf, et après avoir rendu visite à Leewenhoek, il n'ose prendre position ; ou encore celui de la préexistence des germes auquel il consacre tout un discours (De generatione ex pr […]
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