2. Avec Margot Fonteyn
Fortement médiatisée, la défection du danseur transfuge est interprétée comme un geste « dissident », terme par ailleurs impropre, puisque son choix de rester en Occident fut plus artistique que politique. Cible de choix pour le K.G.B., Noureev se voit condamné dans son pays à sept ans de prison pour « acte de trahison ». En Occident, après sa demande d'asile, il est aussitôt engagé par les ballets du marquis de Cuevas puis, en février 1962, par le Royal Ballet de Londres en tant que « soliste invité ». Ses débuts à Londres dans Giselle, le 21 février 1962, avec Margot Fonteyn (1919-1991), sont les prémisses d'un légendaire partenariat artistique de dix-sept années avec cette célèbre ballerine britannique, de dix-neuf ans son aîné. « Nous ne formions qu'un seul corps, une seule âme », aimait à dire Noureev, conscient que leur complémentarité et leurs silhouettes harmonieuses créaient sur scène l'illusion d'une véritable osmose physique. Leur duo en devint mémorable. Ainsi, les 89 rappels à l'issue du Lac des Cygnes à l'Opéra de Vienne (Autriche), en 1964, figurent au Guinness Book des records et donnent lieu à un timbre-poste à leur effigie. Fonteyn et Noureev dansent les grands ballets classiques et créent deux œuvres néo-classiques mémorables, Marguerite et Armand en 1963 (musique de Franz Liszt, chorégraphie de Frederick Ashton) et Roméo et Juliette en 1965 (musique de Serge Prokofiev, chorégraphie de Kenneth Mac Millan), ainsi que des ballets plus contemporains comme Paradis perdu en 1967 (musique de Marius Constant, chorégraphie de Roland Petit) ou Lucifer en 1975 (musique de Haline El-Dabh, chorégraphie de Martha Graham).
Soucieux de mettre fin à l'historique primauté de la ballerine dans la danse, Noureev place leur duo sur un strict pied d'égalité. « Un pas de deux est un dialogue amoureux. Comment peut-il y avoir une conversation si l'un des deux est muet ? », explique-t-il.
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