2. La démythologisation
Tout l'élément miraculeux des Évangiles n'est que mythologie. Il faut donc, non pas le démythifier (ce qui serait le supprimer, comme le fait l'athéisme), mais le démythologiser, c'est-à-dire l'interpréter. Le mythe est, en effet, une « formation de compromis » entre le divin et l'humain. L'intention profonde du mythe est juste : il veut nous parler de Dieu. Mais il en parle très mal : en dégradant l'invisible en visible. Par exemple, les récits des apparitions pascales ne sont pas faux dans leur visée profonde. Ils entendent dire que la mort de Jésus a été en réalité son triomphe. Mais ils mythologisent, c'est-à-dire « rationalisent » la résurrection (le mot grec logos, qui est l'une des composantes du terme « mythologiser », signifie « raison »). Ils en font un objet de la raison humaine (dans le cas présent la raison de l'homme antique si friand de « signes »). Le mythe ne détruit pas mais altère la foi. Comme le dit Bultmann, « il objective l'Au-delà en un en deçà ». La démythologisation n'est donc pas seulement une exigence de l'homme moderne (qui ne peut plus croire, à juste titre, en l'univers miraculeux du Nouveau Testament), c'est avant tout une exigence de la foi elle-même. En effet, une conception et une naissance miraculeuses, un tombeau vide avec des anges, un être ressuscité qui apparaît portes closes, à supposer qu'elles puissent jamais exister, sont des réalités intramondaines qui n'ont rien à faire avec Dieu. Croire en Dieu sur le vu de tels phénomènes – même s'ils n'étaient pas légendaires – serait croire seulement en l'homme. Une telle « foi » serait une foi « humaine, trop humaine ».
On oublie souvent que Bultmann attache la même importance à l'ecclésiologie qu'à la christologie : l'Église est l'incarnation continuée, elle est – dit-il – « co-constituante » de l'événement du salut. Si la révélation était une réalité objective, n'importe qui pourrait y accéder et point ne serait besoin d'Église. Mais, comme elle est l'altérité r […]
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