3. Les débuts des Temps modernes
Les Tudors, qui règnent sur l'Angleterre de 1485 à 1603, ont justement donné leur nom dynastique au début des Temps modernes, que, souverains exceptionnels, ils ont marqués de leur personnalité en même temps qu'ils en ont opportunément incarné les aspirations.
• La prospérité
Leur chance a été de régner dans une époque exceptionnellement favorisée par une série de facteurs positifs. Après les pestes, et avec la menace chronique de l'épidémie, la population se relève progressivement, et l'Angleterre passe de moins de trois millions à plus de quatre millions d'habitants au cours du xvie siècle. À l'inflation toute relative des hommes s'ajoute, surtout après 1540, celle des espèces monétaires que le commerce mais aussi la guerre de course font passer d'Espagne et du Portugal vers les îles Britanniques : elle favorise les échanges, stimule la production et, promettant plus de profits, encourage tous les producteurs au moment même où ils peuvent compter sur plus de bras. Les conditions climatiques générales s'améliorent aussi, écartant, jusqu'à la mauvaise décennie de 1590, la peur de la véritable famine. La demande extérieure en produits métalliques et en laine semi-travaillée ou en lainages de qualité s'additionne à la poussée de consommation interne, par ailleurs liée, comme partout en Europe, aux nouveaux goûts de luxe de l'élite sociale. Les désordres civils n'ont jamais atteint les proportions des guerres religieuses dans l'Empire germanique ou en France, aucune invasion étrangère n'a été possible. Des phénomènes d'ordre spirituel ont peut-être contribué à la prospérité : on est parfois tenté de lier éthique protestante et esprit capitaliste, individualisme religieux et capacité d'initiative dans le domaine économique, exaltation de la valeur travail, réhabilitation du profit et levée des interdits sur les taux excessifs d'intérêt ; qu'on suive ce type de raisonnement ou qu'on lie au contraire le succès des idées de réforme à un changement pré […]
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