4. Un art royal
L'art du Bénin, avant que ne soit découvert celui d'Ifé dont il dérive, est apparu comme l'un des plus remarquables de toute l'Afrique. C'était avant tout un art royal. Les objets de bronze – en fait, d'un alliage plus proche du laiton que du bronze proprement dit –, statuettes, têtes stylisées, bas-reliefs, en particulier, représentant des scènes historiques, tous fondus à cire perdue, étaient réservés à l'usage du roi, rituel ou profane. Si la technique est venue d'Ifé, il s'est développé au Bénin un style original, moins « classique », moins sobre, un style « flamboyant » selon la formule de W. Fagg. C'est cet art du bronze qui est certainement le mieux connu, et dont les étapes peuvent être le mieux datées. Dans une première période, celle du xive siècle surtout, les œuvres restent proches de celles d'Ifé : têtes creuses ou bas-reliefs, elles ont peu d'épaisseur et sont plus réalistes. À partir du xvie siècle, les bas-reliefs deviennent plus nombreux, plus épais, plus divers aussi, évoquant à la fois les rites royaux, la vie quotidienne, les traitants et les soldats portugais, très précisément décrits.
Le xviie siècle marque l'apogée de l'art du bronze : outre les bas-reliefs, les têtes-portraits, les sièges, les statues animalières, les coffres et les cloches sont nombreux et de facture variée. Mais, dès la fin de ce siècle, la décadence se dessine, qui coïncide avec la crise de l'État née de celle de la traite des esclaves. Les siècles suivants ne donneront que des œuvres mineures, et la conquête coloniale entraînera l'effondrement d'un art étroitement lié à une organisation politique.
Comme l'art du bronze, celui de la terre cuite semble avoir été emprunté à Ifé ; il a laissé beaucoup moins de traces. On comprend que la sculpture sur bois en ait laissé moins encore : la capitale du royaume de Bénin fut incendiée en 1897 lors de la conquête. Le bois, on l'a remarqué, pouvait être recouvert de feuilles de laiton, de cuivre, parfois d'argent et d'or ; cette technique était co […]
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