3. Rome entre la Grèce et le christianisme
Ces thèmes se retrouveront au siècle suivant chez le stoïcien Sénèque (mort en 65 apr. J.-C.). Mais les temps auront changé : au siècle de Néron, l'unité du genre humain, l'exigence de la loi naturelle apparaîtront moins comme des données que comme des tâches. L'humanitas, introuvable dans les mœurs corrompues de la Rome impériale, se réfugiera dans les consciences : elle ne sera plus le résultat d'une culture en droit universalisable, mais le titre d'une vertu difficile et rare. Rome entrera alors dans une longue décadence et s'ouvrira à des destins imprévus. Le « déchirement infini », par quoi Hegel caractérise l'esprit de l'Empire romain, trouvera dans le christianisme un dépassement moins formel que celui que pouvait fournir, à travers ses disciples romains, la prédication morale du stoïcisme.
Il reste que Rome et, alors même que l'Empire aura disparu, la langue latine serviront encore pour une grande part d'intercesseurs entre la pensée grecque et la culture chrétienne. Saint Ambroise fera entrer dans la théologie morale du christianisme la doctrine cicéronienne des devoirs et, à travers elle, le vocabulaire latinisé des vertus. Saint Augustin ne reniera jamais entièrement sa formation classique et sa dette envers l'Hortensius de Cicéron. Et c'est à travers Boèce (env. 470-env. 525) que l'on connaîtra, ou croira connaître, jusqu'au xiie siècle, l'essentiel de la logique et même de la métaphysique aristotéliciennes.
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