Le départ dans l'histoire d'une ville ou bien d'un peuple destiné à un haut avenir est, le plus souvent, entouré d'un halo qui le dérobe à un examen et à une vision précise. On comprend aisément pourquoi. L'historien est mal armé pour l'étude d'une période, très reculée dans le temps, qui n'est connue que par des sources très postérieures. De plus, une tendance naturelle porte l'imagination du peuple et des écrivains à enjoliver et donc à déformer la naissance de leur patrie. Rome ne fait pas exception à cette règle générale, et la question de ses origines continue à poser des problèmes qu'il n'est pas facile de résoudre.
Où en est arrivée la recherche à l'heure actuelle et quelle doit être notre attitude à l'égard de questions qui se posent depuis des siècles et auxquelles des réponses diverses et parfois opposées ont été données ? Un point est acquis : Rome ne s'est pas développée en vase clos, et on ne comprend sa naissance et ses premiers temps qu'en la replaçant dans la vie de tout le centre de la péninsule italienne. Le tableau d'une ville progressant, sans solution de continuité et par une sorte de mouvement purement individuel, depuis d'humbles débuts jusqu'à la maîtrise de l'Italie, puis de l'ensemble du monde méditerranéen est un tableau tout à fait artificiel, ne correspondant absolument pas à la complexité des faits. Rome, dès son apparition, et pendant une période fort longue, a fait partie intégrante de la communauté des peuples latins dont elle a partagé le destin. Comme l'ensemble du Latium, elle a entretenu des rapports étroits avec les deux civilisations de haut niveau qui en quelque sorte l'encadraient au sud et au nord : la civilisation grecque de Grande-Grèce et de Sicile apparue, dès le milieu du viiie siècle, sur les côtes italiennes, et la civilisation étrusque qui, peu après, prend un essor rapide dans les régions côtières, puis internes, de Toscane. Son histoire n'a pas été celle d'une croissance continue ; aux progrès ont succédé des reculs et des replis, et la tradition doit donc être consta […]
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