4. L'art « antiphysique »
Nous avons vu que jusqu'à la fin du iie siècle, la production artistique romaine a été dominée tour à tour par trois courants rivaux, qui tous trois sont nés à l'époque hellénistique : le courant classique, héritier de l'art attique par l'intermédiaire des écoles augustéennes ; le courant baroque, inspiré lointainement par Scopas, et plus directement par les écoles pergaménienne et rhodienne ; enfin le courant « plébéien » dérivé de l'art médio-italique et enrichi par le contact avec des ateliers provinciaux où survivaient des traditions des peuples « barbares ». Tous trois, même le dernier, acceptent les règles fondamentales de l'art défini en Grèce au ve siècle comme une imitation de la nature, comprise, dominée et organisée par un homme idéal (homo additus naturae).
Il est pourtant évident, dès le départ, que cette formulation de la création esthétique n'est pas complètement comprise par un grand nombre des hommes qui constituent la communauté romaine, et que, bien qu'ils ne la mettent pas expressément en cause, elle ne leur donne pas vraiment satisfaction. Si les deux premiers courants peuvent être considérés comme correspondant aux deux attitudes fondamentales de l'âme grecque (attitude « apollinienne » et attitude « dionysiaque »), le troisième représente la réaction de ceux qui ne sont pas vraiment conquis par l'hellénisme, bien qu'ils l'admettent et se soumettent à ses lois. Constitué d'abord par la masse la moins évoluée du peuple romain, il se renforce ensuite de la grande partie des provinciaux d'Occident, dont la culture est constituée par leurs traditions nationales et par l'apport latin, et d'un bon nombre d'Orientaux qui ont rejeté la colonisation spirituelle hellénique. Ce courant, extrêmement étendu géographiquement et très varié ethniquement, trouve pourtant des modes d'expression étonnamment semblables entre eux.
Les œuvres issues de ce courant témoignent d'abord d'une indifférence absolue à l'expression spatiale que l'hellénis […]
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