Technicien hors pair, spécialiste de photographie scientifique pour laquelle il inventa de nombreux procédés et appareils, Roman Vishniac restera dans l'histoire de la photographie pour l'importante série de clichés qu'il fit entre 1935 et 1939 sur les ghettos juifs d'Europe centrale.
Né le ler août 1897 à Pavlovsk, en Russie, Roman Vishniac réalise ses premières photographies sous microscope dès 1903, soucieux immédiatement de science et d'image. Étudiant en médecine à l'université Shanyarski de Moscou, il obtient brillamment son diplôme de docteur en zoologie en 1920. Après son service militaire dans l'armée dirigée par Kerenski, il met au point, en 1915, un procédé de cinéma intermittent qui lui permet d'étudier la pousse des plantes ou l'évolution des cellules. En 1925, il acquiert son premier Leica et se passionne alors, grâce à la légèreté de l'appareil, pour le reportage ; il entreprend une immense enquête auprès des communautés juives d'Europe centrale. De Varsovie à Prague, de Cracovie à Budapest, il vit dans les communautés et photographie inlassablement les gestes quotidiens, les pratiques religieuses, l'ambiance de la rue et des commerces, accumulant ainsi les portraits d'un monde qu'il scrute avec tendresse mais dont il pressent le destin tragique. Fuyant l'avancée du nazisme, il se réfugie en France en 1939 et est interné dans un camp à Vichy. La même année, le musée du Louvre consacre une exposition personnelle à son travail sur les communautés juives. Il émigre aux États-Unis en 1940 et s'installe comme photographe indépendant à New York où il réalise des portraits et des vues sous microscope. En 1942, ses photographies des ghettos juifs sont rassemblées dans un album qui devient la référence sur ce monde en voie de disparition et qui sera réédité, sous diverses formes, jusqu'en 1983. Naturalisé américain en 1946, Vishniac partage son temps entre recherche technologique (il invente en particulier la sensibilisation des films au mercure), enseignement et photographie scientifique. Il devient en 1982 professeur au Pratt Institute de Brooklyn et à la Rhode Island School of Design.
Vishniac aimait dire qu'il avait mis son âme et son « désespoir » dans les photographies du ghetto et qu'il avait, toute sa vie, regardé l'infiniment petit comme des « paysages traversés de tourmentes, mais de tourmentes logiques, à mille lieues des délires des hommes ».
Christian CAUJOLLE
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