3. L'exil aux États-Unis : études slaves et linguistique générale
En 1939, l'occupation de la Tchécoslovaquie par les nazis oblige Jakobson à émigrer. Après quelques mois de séjour au Danemark, il passe en Norvège, où le surprend de nouveau l'invasion allemande ; dans des conditions dramatiques, il se réfugie en Suède, où il enseigne un temps à Uppsala. C'est là qu'il publie sa célèbre monographie, Kindersprache, Aphasie und allgemeine Lautgesetze (1940). Dans ce livre, il apporte de nouvelles justifications à sa théorie des oppositions phonologiques binaires, fondées sur l'acquisition du langage par les enfants et sa dégradation dans l'aphasie. Il montre que ces deux processus sont régis par les mêmes principes qui gouvernent la distribution des phonèmes dans les langues du monde. Ce travail, outre ses mérites intrinsèques, a joué un rôle décisif pour attirer l'attention des linguistes sur ces deux domaines, acquisition et troubles du langage.
En 1941, Jakobson s'installe aux États-Unis. Ses débuts y sont difficiles ; beaucoup de linguistes américains, dominés par un empirisme et un béhaviorisme étroits qui lui ont toujours été étrangers, lui sont hostiles. Il trouve un asile à l'École libre des hautes études, fondée par des savants européens exilés, surtout français. C'est là qu'il se lie d'amitié avec Claude Lévi-Strauss. Il enseigne la phonologie, d'abord en français (son cours sera publié beaucoup plus tard), et collabore avec le byzantinologue belge Henri Grégoire à un grand ouvrage sur un récit épique russe du xive siècle, Le Dit du prince Igor. En 1946, il est nommé professeur à l'université Columbia, qu'il quitte en 1949 pour Harvard où, jusqu'à sa retraite en 1967, il enseignera les langues et les littératures slaves, ainsi que la linguistique générale ; à partir de 1957, il sera aussi professeur au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.).
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