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ROMAN DE TROIE, Benoît de Sainte-Maure

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2.  Une forteresse de mots

Pour construire ce texte clos sur lui-même, Benoît de Sainte-Maure a utilisé des sources moins prestigieuses que la Thébaïde ou l'Énéide mais qui étaient considérées au Moyen Âge comme des documents historiques : deux textes en prose de la latinité tardive, attribués l'un à Darès le Phrygien, l'autre à Dictys le Crétois, prétendus témoins oculaires de la guerre de Troie. Label d'authenticité qui conforte la réflexion historique à laquelle se livre le clerc : comment expliquer qu'une civilisation aussi puissante, aussi belle, aussi judicieusement organisée ait pu être ainsi détruite ? La réponse est donnée hors texte. En s'appuyant sur le mythe médiéval de l'origine troyenne des principaux peuples de l'Occident, issus de la diaspora des survivants troyens, Benoît suggère que cette civilisation détruite a eu la possibilité de se reconstruire ailleurs, d'essaimer en quelque sorte à travers le temps et l'espace, et jusque dans ce nouvel espace politique et culturel qu'est, dans la seconde moitié du xiie siècle, le monde des Plantagenêts.

Comme il ne cesse de le souligner, Benoît respecte la « matière » que lui fournissent ses sources. Son invention est ailleurs : dans l'élaboration d'un style ample, soutenu, voire « sublime », fondé sur la répétition, la profusion des comparaisons, la présence insistante du pathétique ; dans l'abondance des pauses descriptives qui sont autant de lieux, comme la chambre de Beautés, cœur de la cité de Troie, ou d'objets (tombeaux, statues, automates), où l'artisan des mots entre en rivalité avec l'art du peintre, du sculpteur, de ceux qu'il désigne comme créateurs d'une beauté à mi-chemin entre l'art et l'artifice humain.

De manière plus variée enfin que ses prédécesseurs, Benoît explore les multiples aspects de la passion. L'image pessimiste ou tragique qu'en donnent des couples de toute manière condamnés, comme Pâris et Hélène, Hector et Andromaque, Troïlus et Briséida, Achille amoureux de Polyxène, est sans doute liée au destin même de la cité. L'amour n'est pas, ne peut être, en ce cas, une valeur fondatrice. Pour perpétuer la cité de Troie, « mère des arts, des armes et des lois », il n'est d'autre ressource, selon Benoît, que le génie de l'artiste et les indestructibles constructions du langage.

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« ROMAN DE TROIE, Benoît de Sainte-Maure » est également traité dans :

BENOÎT DE SAINTE-MAURE (fin XIIe s.)

Écrit par :  Jean-Paul MOURLON

… *Auteur du Roman de Troie, poème de 30 000 octosyllabes, où se mêlent la légende et l'histoire des Grecs. Il ignorait le grec et utilisa deux narrations latines du siège de Troie, tenues pour véridiques ; l'une, composée au vie siècle, était attribuée à un Phrygien, Darès, l'autre, datant du ive … Lire la suite

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