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ROMAN DE LA ROSE

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2.  La réflexion critique de Jean de Meun

Jean de Meun, qui traduisit Boèce, Végèce, les épîtres d'Héloïse et Abélard, semble d'abord apporter une consolation philosophique à l'amoureux désespéré. Amplifiant le schéma ébauché par Guillaume, il fait réapparaître ses personnages, leur prêtant de plus longs discours. Dans la mise en scène élargie de cette Psychomachia, la disputatio l'emporte sur la narratio. Cependant, avec l'aide de nouvelles personnifications, comme Faux-Semblant, Nature, Genius, l'allégorie va donner la victoire aux troupes de Vénus et d'Amour. L'assaut épico-burlesque du château prépare un dénouement construit sur une métaphore laborieuse, et un peu trop transparente, de l'acte sexuel.

Malgré l'impression de désordre que donnent les discours (celui de Nature comporte une période de 2 000 vers), l'auteur maîtrise ses digressions. La ligne du discours semble couper les cercles concentriques d'une pensée structurée comme l'univers dont elle parle. La difficulté tient souvent à la contradiction des thèses qui s'affrontent dans une dialectique reflétant la complexité de l'expérience, les conflits d'idées, la diversité des êtres, bref un monde pluraliste.

Le lecteur est frappé par l'audace et le cynisme de certains propos. Ami enseigne les ruses qui permettent de conquérir les femmes ; il donne des conseils ironiques aux maris pour les garder. Faux-Semblant démontre le pouvoir décisif de l'hypocrisie. La Vieille, prenant la défense des femmes et cherchant à les venger, leur révèle toutes les recettes, même les plus frelatées, de la coquetterie. Elle leur apprend à duper les hommes en s'enrichissant à leurs dépens. Elle exalte le plaisir physique et la liberté sexuelle : « Toutes pour tous, et tous pour toutes ! »

Ces idées, qui relèvent de la tradition satirique, donnent à cet enseignement une certaine couleur antisociale. Car c'est à la nature, non à la société, que l'on va demander la raison de l'amour. Encore faut-il bien voir qu'il s'agit d'une nature serva […]

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