3. L'aventure à venir
Au terme de ce voyage, le lecteur moderne, avide de certitudes sur son époque, se demandera certainement : qu'en est-il donc du roman d'aventures aujourd'hui ? Question difficile, qui risque toujours de porter à la mélancolie : le domaine de l'aventure s'est trouvé déplacé, surtout depuis l'après-guerre, en faveur du cinéma, qui n'a évidemment pas eu à se poser, comme cet art très ancien qu'est la littérature, les problèmes de la narration ; les romans policiers, d'espionnage et de science-fiction se sont partagé les restes : la fréquente médiocrité d'une production par trop intempérante, son caractère limitrophe du territoire propre à l'aventure ne peuvent qu'inciter à la plus grande circonspection. Au moment où le monde conquis par l'homme ne laisse plus de taches blanches sur l'immensité des cartes, où l'on ne peut que retrouver, comme le dit la phrase terrible de Rimbaud, « la même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera », qu'en est-il de l'aventure, dans un monde gris, administré, sans « trous » possibles dans les mailles dramatiquement serrées de l'Histoire – un monde aux marginalités souvent violentes mais point héroïques – et alors que la littérature, dans sa situation historique même, semble refuser cette tradition narrative indispensable au genre ? Quelque « faux mouvement », exécuté sur place dans la grisaille quotidienne, comme dans l'Ulysse de Joyce ou dans L'Avventura – ou la nécessité d'inventer, comme dans Le Seigneur des anneaux ou Le Rivage des Syrtes (et encore ce dernier scintille-t-il aux limites extrêmes du genre), une civilisation imaginaire pour en narrer la fin – car la fin du monde est à l'ordre du jour. Mais peut-être ne faut-il voir là que les illusions d'un regard adulte, peut-être avons-nous trop grandi. Et pourtant, sur la lanterne magique, Golo poursuit toujours Geneviève de Brabant et dans l'île au trésor crient les perroquets. Caché dans un baril de pommes, un enfant écoute les pirates et Frodon attend, au pied de la montagne du Destin, la fin de toute chose.
[…]Et les goélettes, les îles, les robinsons marronnés, Et les flibustiers, et l'or bien caché, Et toute la vieille histoire romanesque, Exactement redite à la façon de jadis...
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