2. Rolland et le théâtre
À trente ans, Rolland avait déjà écrit une dizaine de pièces. Les premières sont flamboyantes, inspirées de la Renaissance, celle de Shakespeare, celle de l'Italie, où il a vécu, ébloui, de 1889 à 1891 et, de nouveau, en 1892-1893, première année de son mariage. Les autres ont leur source dans les chagrins intimes, la hantise d'une décadence universelle. Œuvres refuges, où des personnages fraternels dressent dans une ambiance corrompue leur idéal de foi. En 1898, Rolland écrit en quelques jours Les Loups, drame qui transpose l'affaire Dreyfus en 1793. C'est le premier de ses drames révolutionnaires. Il publiera le dernier, Robespierre, en 1939. L'ensemble, composé de huit pièces, recouvre la période 1774-1797 et va de l'œuvre classique resserrée (Le Jeu de l'amour et de la mort, 1925) au tableau historique à grand spectacle (Le 14-Juillet, 1902), tentative d'un théâtre populaire dont Rolland s'est fait d'autre part le théoricien (Le Théâtre du peuple, 1903). Tous ces drames sont animés d'une même intention : retrouver chez les adversaires de jadis, Montagnards et Girondins, patriotes et émigrés, une même noblesse morale, les réconcilier dans la grandeur. L'éloquence, comme celle de l'an II, n'y évite pas toujours l'emphase. On peut leur préférer Liluli (1919), drame philosophique né de la guerre, chef-d'œuvre amer, d'une intense et poétique bouffonnerie.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



