2. Doutes et sommets
L'attraction croissante qu'exerce un John Coltrane souverain et aventureux ébranle les fondements de l'espace esthétique de Sonny Rollins et fissure les certitudes sur lesquelles il a construit sa personnalité. S'ouvre pour lui une longue période de doute, de silence, de quête solitaire, qui s'étend de l'été de 1959 à la fin de 1961. Les passants peuvent alors entendre, sous le pont de Williamsburg de New York, le grand musicien mêler incognito le chant de son ténor au cri des mouettes et à l'appel rauque des sirènes des navires. Il revient avec éclat sur le devant de la scène en 1962 avec une série de trois albums illustres : The Bridge, dans lequel s'exprime, sous l'impulsion du guitariste Jim Hall, une sérénité retrouvée, What's New ?, qui balance entre humour et avant-garde, et enfin Our Man In Jazz, peuplé d'anciens compagnons d'Ornette Coleman – Don Cherry, Bob Cranshaw, Billy Higgins – dont les audacieux commentaires encouragent sa fougue zigzaguante. Au sommet de son art, il triomphe en 1963 à Paris – à la salle Pleyel et à l'Olympia – et au festival de Newport ; il multiplie les tournées européennes, en France, en Allemagne, en Autriche, en Scandinavie (1965-1966). Sa production discographique atteint un second apogée avec des enregistrements qui sont entrés dans l'histoire : Sonny Meets Hawk !, avec Coleman Hawkins, Paul Bley, Henry Grimes, Bob Cranshaw, Roy McCurdy (1963), Now's the Time, avec Herbie Hancock, Ron Carter, Roy McCurdy, Bob Cranshaw et Thad Jones (1964), Sonny Rollins On Impulse !, avec Ray Bryant, Walter Booker et Mickey Roker (1965), East Broadway Run Down, avec Elvin Jones, Freddie Hubbard et Jimmy Garrison (1966).
En pleine possession de ses moyens techniques et musicaux, Sonny Rollins s'enferme une seconde fois dans la solitude et cesse de se produire (1968-1971). Désormais, périodes de retraite et retours sur scène vont régulièrement alterner. On peut l'applaudir au festival de jazz de Montreux en 1974, à San Francisco en 1978. Il est sollicité par l […]
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