Parler de Roland Topor, c'est donner à lire, à entendre, à voir des obsessions jusque-là inconcevables dans une surprenante exubérance imaginative. Créateur aussi insolite que dérangeant, Topor dissèque l'humain, et ce dans sa matérialité corporelle. La traduction expressive de cet univers passe par la plume, l'encre, la lithographie, la linogravure, la photographie, les chansons, les textes – nouvelles ou romans –, mais aussi la mise en scène, les rôles d'acteurs, la création de costumes, etc. Ces multiples facettes font de l'homme une figure éminemment éclectique de la scène artistique dans la seconde moitié du xxe siècle. Avec une critique radicale de la condition de l'individu dans la sauvagerie du monde, Roland Topor introduit un grotesque fantastique qui revisite le registre humoristique traditionnel. L'extravagance débridée des motifs ne s'écarte pourtant jamais de la figure humaine malmenée à plaisir par une réalité absurde. Cet univers, où la cruauté le dispute à la jubilation, trouve son contrepoint sonore dans un rire qui affirme et signe l'indéniable charisme de l'artiste.
1. Le moment Panique
La naissance de Roland Topor, le 7 janvier 1938 à Paris, se place d'emblée sous le sceau d'une quête artistique, celle de son père qu'une bourse de l'Académie des arts de Varsovie attribuée en 1930 décida à l'émigration. Venus de Pologne, Abram Topor et Zlata Binsztok s'installent en France dans la période trouble de l'entre-deux-guerres. Renonçant à la sculpture pour la maroquinerie, plus apte à nourrir sa maisonnée, le père entretient en famille son intérêt passionné pour l'art et la culture avec des visites dominicales au Louvre. Très vite, le jeune Topor se trouve confronté à l'application des lois antijuives qui conduisent son père au camp de Pithiviers et font vivre l'enfant dans la terreur, le mensonge et l'humiliation. Après l'évasion réussie du père, la famille se réfugie en Savoie avec ses deux enfants, Hélène, la fille aînée, et Roland. De cette période date son cho […]
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