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ROLAND FURIEUX, livre de L'Arioste

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2.  Humanisme et fantastique

Le Roland furieux reprend l'action du Roland amoureux (1494), roman inachevé de Boiardo, là où celui-ci l'avait interrompue. Il s'inspire donc d'un certain nombre d'inventions narratives et stylistiques de son prédécesseur, par exemple la pluralité des tons. Mais l'Arioste confère à ses personnages une plus grande densité psychologique et écrit son poème en toscan, sous l'influence de l'humaniste Pietro Bembo (1470-1547). Il réduit largement les termes dialectaux et les latinismes, et son octave se veut harmonieuse et fluide.

Régie par le principe de la variété, venu de la technique médiévale de l'entrelacement, son unité est maintenue aussi bien par le ton de la narration que par la représentation de la nature humaine. Chaque personnage incarne un des aspects de cette nature : Roland, par exemple, exprime l'énergie naturelle, presque sauvage, freinée par l'honneur et la fidélité. De même, le sentiment d'amour qui domine le poème est à la fois un et varié : source de vie et de force, animant l'être, il peut être charnel (amour d'Angélique et de Médor), dévastateur (folie amoureuse de Roland) ou sublime (amour de Zerbin et d'Isabelle).

Mais cette exaltation de la nature humaine est limitée par la conception de la fortune, « sort » ou « destin », entendue comme une force extérieure incontrôlable. L'inconstance de la condition humaine, le caractère irrationnel et mouvant des choses et des êtres s'opposent à la raison et à la mesure, principaux idéaux de l'humanisme. Et c'est à travers l'ironie, l'invention fantastique que l'Arioste exprime sa conception du monde, dans cet univers enchanté où la réalité peut basculer, à l'image du château d'Atlant où chevaliers et dames courent après de vains fantômes. Il découvre ainsi les limites de la culture et de la vision dominante de son temps, même si, selon lui, de cette réflexion sceptique il faut se divertir.

Le Roland furieux n'est pas non plus dénué d'esprit satirique puisque, dans l'épisode fantastique d'Astolphe sur la lune, sont raillés les mauvais princes et les mauvais prêtres, la vanité des hommes et leur prétention à la gloire : « Mainte gloire est là-haut qu'à la longue le temps,/ Comme ferait un ver, a rongée ici-bas,/ Et une infinité de vœux et de prières,/ Que nous autres pêcheurs, nous adressons à Dieu. »

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« ROLAND FURIEUX, L'Arioste » est également traité dans :

ARIOSTE L' (1474-1533)

Écrit par :  Paul RENUCCI Universalis

Dans le chapitre "Le « Roland furieux »"  : …  *Le Roland furieux peut passer pour le chef-d'œuvre littéraire du discontinu. La liberté d'invention de l'Arioste refuse les préceptes ou les axiomes des « arts poétiques » ; les critiques aristotéliciens de la seconde moitié du xvie siècle s'irriteront de son succès, de la faveur d'un poème dont l'irrégularité est à… Lire la suite

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