Comédien, Roland Dubillard improvise en duo, à la radio, dans les années cinquante, des sketches où il met en évidence l'absurdité du langage. Son partenaire a pris pour pseudonyme le prénom d'Amédée et Dubillard lui-même se fait appeler Grégoire. À leur manière, Grégoire et Amédée vulgarisent le Ionesco de La Leçon et de La Cantatrice chauve. Ils connaissent alors un joli succès.
Roland Dubillard retrouve son vrai nom pour écrire seul une parodie d'opérette : Si Camille me voyait (1953). C'est l'année même de la création d'En attendant Godot, de Samuel Beckett. Il faut cependant attendre huit ans pour qu'il donne sa première grande pièce métaphysique : Naïves Hirondelles (1961). À travers des jeux de langage et des situations caricaturales, l'auteur met en scène le drame de vieillir sans pouvoir vraiment aimer. La pièce est saluée comme un chef-d'œuvre par deux écrivains très différents : Ionesco et André Roussin.
Avec La Maison d'os (1962) Dubillard porte à son extrême une conception purement métaphysique du théâtre. Il met en scène un vieillard qui va mourir entouré de ses domestiques. La maison dans laquelle il vit ses derniers instants préfigure ce qu'il va devenir : un squelette. Aucune action dramatique. L'auteur admet même qu'on puisse interchanger les scènes.
Les pièces suivantes, Le Jardin aux betteraves (1969), ... Où boivent les vaches (1973) et Dialogues (1975) marquent un retour à sa première manière. En 1977, Le Bain de vapeur, qui se solde par un échec retentissant. Il semble qu'ayant atteint un point extrême avec La Maison d'os, l'auteur se contente des jeux de langage du Grégoire de ses débuts. Il a également publié en 1966 un recueil de poèmes, Je dirai que je suis tombé, qui sont assez proches de Jean Tardieu et de Raymond Queneau.
Au printemps de 2004, Jean-Michel Ribes a organisé dans le cadre du Théâtre du Rond-Point un festival Roland Dubillard, qui permit de voir l'ensemble des pièces (avec un inédit, Madame fait ce qu'elle dit) ainsi que deux spectacles réalisés à partir de ses poèmes.
Jean-Pierre ÉNARD
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