5. L'usage du modèle et ses principes
On peut se demander si le choix de Richards est fondé, ne serait-ce qu'en raison de la nature des sollicitations religieuses qui visent le bien-être de la population. L'existence, chez les souverains, d'une double source de pouvoirs, l'une constituée par la détention de forces personnelles ou de moyens magiques, l'autre par un recours aux ancêtres et aux dieux, pose un problème : quelle part chacune de ces sources a-t-elle, en effet, dans la prospérité du pays ? La magie même ne paraît-elle pas impuissante sans la pratique sacrificielle ? On se demande si, dans les cas considérés, on n'a pas forcé l'usage du modèle frazérien en ne retenant que les faits correspondant aux critères précisés par Seligman ? Ces difficultés relatives à l'usage du modèle de Frazer ne conduisent-elles pas à une mise en cause de la conception de celui-ci ?
La définition élaborée par Frazer du roi divin repose sur deux propositions : une opposition magie/religion et une conjonction homme/dieu. L'auteur du Rameau d'or s'est fondé, pour cela, sur des séquences historiques qu'il croyait pouvoir dégager des faits à sa disposition, et qui l'ont conduit à sa conception de l'homme-dieu. Le modèle est, pourrait-on dire, marqué, si ce n'est vicié, au départ par des catégories liées à un ordre historique dont l'artificialité est manifeste.
On conçoit, dès lors, qu'il soit difficile de rencontrer, dans les sociétés africaines, des figures répondant à une conjonction homme-dieu ou roi-dieu. Rien ne permet d'assimiler la reine des Lovedu à ses ancêtres morts ; comment, en effet, se confondrait-elle avec des éléments qu'elle sollicite ? La situation nyoro est plus complexe encore, puisque, entre les ancêtres et le dieu suprême se situent les Bachwezi, consultés et propitiés au nom du roi. Aucune réduction entre les hommes et les dieux ne peut être faite au sein d'un système de croyances à partir de critères extérieurs, et il appartient à chaque société de dire si elle trace ou non […]
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