3. Un débat sur le régicide
La définition de Seligman semblait permettre d'identifier aisément les rois divins : il suffisait de s'assurer de la présence, dans une société, des traits retenus par cet auteur.
Un seul débat s'est ouvert, mettant en question le caractère de la mort infligée à un souverain précisément tenu pour un bon exemple de roi divin. Dans la « Frazer Lecture » de 1948, Evans-Pritchard, reprenant les matériaux shillouk, conclut que la mise à mort rituelle du souverain est probablement une fiction : si l'élimination brutale du monarque ne peut être contestée, il est raisonnable de l'attribuer aux rivalités politiques.
Les traditions concernant la mort du chef shillouk doivent être examinées dans le contexte social. Le royaume est constitué par des patrilignages répartis sur les moitiés nord et sud du pays, qui s'opposent. Cette organisation, lâche et segmentaire, dominée par l'institution monarchique qui en symbolise l'unité, permet aux compétitions pour le pouvoir de se faire jour et aux princes de trouver des appuis suffisants pour conduire une rébellion lorsque la population est mécontente.
Si une partie des récits concernant la mort du roi parlent de souverain étranglé, étouffé ou emmuré, d'autres indiquent qu'un prince peut provoquer le roi au combat sans que ce dernier puisse demander assistance. Un opposant, sûr du soutien d'une fraction du pays, peut ainsi l'emporter et succéder au monarque abattu. Pour Evans-Pritchard, ces traditions rendent compte de façon appropriée de la mort du reth.
Quant à la référence à la mort rituelle, elle n'est qu'une façon d'affirmer la valeur mystique de la royauté. Chez les Shillouk, le roi est en effet l'incarnation du fondateur du pays, Nyikang, dont tout procède : « Ce n'est pas l'individu régnant à un quelconque moment qui est roi, mais Nyikang, intermédiaire entre l'homme et dieu », déclare Evans-Pritchard. L'incarnation de Nyikang dans la personne royale fait de la royauté le garant et le symbole de l'unité du p […]
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