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MARTIN DU GARD ROGER (1881-1958)

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4.  Obsessions et valeurs

De Jean Barois à Maumort, en tout cas, en passant par Les Thibault, l'œuvre révèle les problèmes qui ont hanté le romancier. Le problème de la mort, celui du sens de la vie personnelle, surgit du refus même de la croyance religieuse. Si Martin du Gard, comme Antoine Thibault, déclare souvent manquer de toute sensibilité religieuse, c'est dans ce vide (dont il ne cesse de s'inquiéter) que son interrogation prend forme et s'exaspère. Jean Barois, roman du conflit entre la science et la foi, est dédié à un prêtre. Le dialogue entre Antoine et l'abbé Vécard occupe tout un chapitre de La Mort du père. Puisque la croyance religieuse est hors de portée, l'absurde de la vie se révèle sous la lumière de la mort. Les scènes de souffrance, d'agonie – de celle de Jean Barois à celle d'Antoine le médecin, qui en tient lui-même le journal minutieux (et le colonel de Maumort écrit lui aussi dans l'attente de sa fin) – sont la trame même d'une œuvre où, bien qu'apparemment amenées par la logique extérieure des événements, elles rappellent d'un bout à l'autre l'obsession secrète du romancier.

Du vertige de l'à quoi bon, profondément éprouvé, chacun se défend pourtant par le sentiment d'une sorte de devoir. L'individu ne peut se sauver qu'en servant autrui, et Antoine, le sage, requis par sa tâche quotidienne et prenant en charge l'enfant de son frère, est plus près de la solution que Jacques le héros, dont le sacrifice est finalement inutile, parce que venu d'une solitude révoltée. Mais si le sens subjectif de la vie est dans la solidarité, il faut, pour qu'il soit fondé objectivement, que l'humanité ait un avenir. Autrement dit, Dieu ne peut être remplacé que par l'histoire. Antoine et Jacques meurent tous deux face à la guerre de 1914, qui met en cause la morale, l'humanisme auxquels ils ont cru.

Et quand Martin du Gard s'interroge sur ce qui reste d'une existence, et sur ce qui peut en faire la valeur, par le truchement du colonel de Maumort, une autre guerre est là, plus inquiétante encore. On comprend alors que ce devoir qui a fait reculer l'absurde s'est appelé pour lui un devoir d'écrivain, et qu'il prenne une conscience aiguë – que l'on peut bien dire contemporaine – des menaces que l'histoire fait peser sur tous les choix dans lesquels le devoir humain peut s'engager, du choix fait par l'auteur pour ses personnages à celui qu'il a fait pour son propre compte.

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LES THIBAULT, livre de Roger Martin du Gard

Écrit par :  Alain CLERVAL

RogerMartin du Gard *Roger Martin du Gard (1881-1958), Prix Nobel de littérature en 1937, souffre aujourd'hui d'une relative désaffection, due sans doute à la situation charnière qu'il occupe entre le xixe et le xxe siècle. Malgré son amitié avec André GideLire la suite

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