Soldat courageux, homme de cour et écrivain de talent, Bussy-Rabutin laissa derrière lui comme un parfum de scandale. Il reçut une brillante éducation chez les jésuites d'Autun, puis au collège de Clermont, avant de partir en Lorraine avec le régiment de son père. De 1634 à 1659, il fut de toutes les campagnes militaires en Flandre, en Lorraine, en Franche-Comté, en Catalogne. Maître de camp en 1638, il tâta de la Bastille pendant cinq mois pour avoir laissé ses soldats pratiquer le faux-saunage. Il servit Condé en Catalogne, suivit la cour, participa à la Fronde, puis rejoignit à nouveau le roi et fut à l'armée de Flandre sous les ordres de Turenne en 1655. Il ne s'entendit jamais avec le grand chef de guerre, qu'il admirait, mais dont le sérieux et la froideur l'exaspéraient. En 1658, la bataille des Dunes, près de Dunkerque, où il se comporta courageusement, apparaît comme l'apogée de sa carrière militaire. Anticonformiste, il se plut au libertinage et, de ce fait, ne put retrouver de poste militaire. À Lérida, en Espagne, des amis et lui-même dansèrent avec un cadavre qu'ils avaient exhumé. En 1659, en plein carême, à Roissy, en compagnie de Vivonne, Guiche et Manicamp, il célébra une sorte de sabbat et fut exilé un an pour avoir chanté des chansons qui respiraient le scandale et l'impiété. Il diffusa en petit comité son Histoire amoureuse des Gaules, qui racontait les aventures de quelques dames. Mais une copie de l'ouvrage fut imprimée en Hollande, et ces récits devinrent publics : le livre fit scandale. Louis XIV fit conduire Bussy à la Bastille, en 1665, où il demeura treize mois, puis consentit à le laisser partir en exil dans son château en Bourgogne où il resta jusqu'à sa mort. Il avait été nommé à l'Académie française, et son retrait de la cour, qu'il vécut comme une insupportable disgrâce, lui permit d'écrire ses Mémoires et d'entretenir une correspondance abondante. Il traduisit également les Lettres d'Héloïse et d'Abélard. Cousin de Mme de Sévigné, qui nourrissait pour ce débauché l'affection inavouée et quelque peu admirative d'une fausse prude, il laissa également un discours à ses enfants sur les événements de sa vie et le bon usage de l'adversité.
Jean-Marie CONSTANT
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