3. L'apport principal de Roger Bacon : sa logique et sa philosophie du langage
De toutes les faiblesses de la société chrétienne, c'est, cependant, l'incapacité des jeunes théologiens mendiants à fonder l'exégèse sur une connaissance approfondie des langues qui répugne le plus à Bacon. Il n'a jamais assez de mots pour stigmatiser la « bêtise » et la « frivolité » de ses contemporains en matière de linguistique et de logique. C'est cette hargne polémique qui lui fait composer à intervalles réguliers traités et opuscules logiques (Summulae dialectices, Summa de sophismatibus et distinctionibus, Opus puerorum, De signis), qui restent incontestablement le meilleur et le plus fort de son œuvre de savant.
Marquée par quarante années de polémiques universitaires ou d'antagonismes personnels, placée au carrefour du modisme parisien et du terminisme d'Oxford, la logique baconienne se développe contre toutes les écoles. Sa thèse principale est que les noms sont originairement institués (« imposés ») pour « appeler » des individus et non des formes générales. Bacon rejette la théorie parisienne de la « supposition naturelle », qui interprète l'appellation comme la restriction de la référence omnitemporelle du sujet par le temps verbal du prédicat. Pour lui, l'appellation n'est pas une propriété déterminée par le contexte propositionnel : c'est une propriété originaire. Un nom qui n'« appelle » rien n'a pas de signification ou, s'il en a une, elle est équivoque. La signification va de pair avec la force appellative. Elle n'est pas « donnée » une fois pour toutes. La seconde thèse fondamentale est que le simple ordre des mots ne suffit pas à déterminer automatiquement les relations syntactico-sémantiques entre les termes (l'« inclusion »). Le logicien ne doit pas s'intéresser au seul niveau horizontal de la phrase réalisée (« prononcée »), il doit aussi considérer les relations verticales entre les différents « engendrements » successifs qui, du plan mental au plan verbal, concourent à la pro … ]
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