Nourri de culture classique, élevé à la spartiate, Jeffers passa la majeure partie de sa vie au bord du Pacifique ; sa philosophie fait grand cas du déclin inéluctable des civilisations et, refusant de prolonger vingt siècles d'anthropocentrisme, propose un « inhumanisme » fondamental : il apparaît ainsi comme l'extrême-occidental et doit une large part du refus obstiné dont sa poésie est l'objet à l'irrecevabilité de sa vision, à son existence d'anachorète, à la scandaleuse violence de ses thèmes.
Fils d'un professeur d'études bibliques, John Robinson Jeffers naît à Pittsburgh, en Pennsylvanie, le 10 janvier 1885. Son éducation débute par de nombreux séjours en Europe, l'apprentissage de plusieurs langues et des littératures européennes. En 1902, il entreprend des études universitaires, ponctuées, en 1910 et 1913 de diplômes de médecine et de sylviculture. Sa connaissance aiguë de la nature et du cosmos dans toutes leurs manifestations transparaît dans son œuvre entière.
En 1913, Jeffers épouse une femme à l'énergie hors du commun, Una, qui exercera sur lui une profonde influence. Ses deux premiers volumes de poésie, Flagons and Apples (1912) et Californians (1916) sont peu remarqués ; mais les paysages de l'Ouest américain (le couple s'est installé à Carmel, près de Monterey) en occupent déjà l'espace. Vivant en reclus dans une maison (Tor House) qu'il bâtit de ses mains avec les rochers de la côte et que domine une tour massive (Hawk Tower), Jeffers ne quittera plus guère la côte californienne, exception faite de brefs voyages en Irlande, au Nouveau-Mexique et sur la côte est, entrepris à l'initiative d'Una. C'est à Tor House qu'il mourra, quelques années après elle, en 1962, laissant plus de trente-cinq longs récits en vers et plus de trois cents poèmes.
La réputation critique de Jeffers naît avec Tamar and Other Poems (1924). Son traitement mythique, rituel et abondamment symbolique du destin de la fille de David se nourrit des thèmes, durables dans son œuvre, du désir sexuel, de l'inceste et de l […]
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