L'utilité durable d'une ingénieuse balance a assuré la mémoire du nom de ce mathématicien né à Roberval et mort à Paris. Ce n'est pas dérisoire. L'instrument témoigne de ce que l'inventeur joignait le sens de l'utile à une conception savante, préfiguration du principe des travaux virtuels.
Roberval eut cependant bien d'autres mérites. Professeur au Collège royal en 1634, membre de l'Académie royale des sciences dès la fondation en 1666, il fut mêlé à tous les grands débats scientifiques de son temps et célèbre autant que redouté. Mais il ne publia que deux petits ouvrages, et les traités qui furent édités de lui en 1693, posthumes, appartenaient alors à une mathématique dépassée. Ce n'est qu'aujourd'hui, à travers la connaissance des fonds manuscrits, qu'il est possible de l'apprécier justement.
Son véritable nom, Personne, était celui de modestes cultivateurs du village de Roberval (près de Senlis). Jeune homme, il semble avoir circulé à travers le royaume, gagnant sa vie par le préceptorat et continuant à s'instruire dans les universités qu'il rencontrait, notamment à Bordeaux.
Il assista au siège de La Rochelle, attiré par la réunion d'amateurs de technique. Il se fixa à Paris en 1628 et devint professeur au collège de Maître Gervais en 1632. Des deux chaires de mathématiques, au Collège royal, seule lui fut accessible, en 1634, celle qui était pourvue par concours tous les trois ans. Il la conserva vingt et un ans, avec la préoccupation constante des concours, jusqu'à ce que la succession de Gassendi, en 1655, lui permette d'obtenir la stabilité. Cette situation explique en grande partie l'habitude qu'il prit d'amasser dans le secret ses archives personnelles et de se réserver les moyens de triompher à toute occasion opportune.
Il eut évidemment des disciples — un certain du Verdus notamment — dont il surveilla l'activité. C'est à partir de copies de cours que furent édités les traités posthumes des « indivisibles » et des « mouvements composés », et l'éditeur, en 1693, a reproduit […]
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