3. Un cinéma « dédramatisé »
Rossellini ne se borne cependant pas à mettre en scène des cas typiques d'individualisme exacerbé. Il se refuse, dans son approche de l'événement ou de la créature choisis comme témoins, à toute violation, à tout morcellement, comme il est de règle dans le roman, au théâtre et à l'écran. Rossellini est l'un des premiers qui ait osé dédramatiser le cinéma. Sa caméra se borne à accompagner ses protagonistes dans leurs découvertes, leurs impressions, à les placer dans un paysage qui reflète leurs états d'âme, à enregistrer – tel l'électrocardiographe de La Peur – les pulsations de leur cœur. Sa caméra n'est en somme qu'un œil qui regarde, au travers de la conscience, presque toujours inquiète, souvent déchirée, de ses personnages. Voilà tout son réalisme : s'identifier comme par transmission occulte aux mouvements d'une âme, aller toujours plus au fond de la vie intime d'un être, ou d'un milieu, et, par suite, décanter le réel, le dépouiller de ses oripeaux, le creuser jusqu'à l'os. La vérité est intérieure et cette pénétration lente, respectueuse, ne tarde pas à la faire jaillir à nos yeux. C'est le cas de Voyage en Italie (Viaggio in Italia, 1953) par exemple : un homme et une femme marchent dans la ville, chacun de leur côté, avec leurs dérisoires problèmes de tous les jours, et se trouvent brusquement confrontés avec le sentiment de la vie éternelle, de la pérennité des choses ; c'est le cas aussi du final des Actes des Apôtres (1969) : le monde nous apparaît transfiguré par la grâce de Dieu, et cela concerne le site le plus dépeuplé, la cahute la plus misérable.
De là procède une conception de la mise en scène dont Rossellini n'a jamais dévié : souplesse des mouvements de caméra (facilitée, dans les œuvres de télévision, par le recours constant au Pancinor), composition des plans aussi peu savante que possible, dédain du montage, et surtout direction d'acteurs inimitable. Rarement, en effet, ce « détecteur d'âmes » qu'est Rossellini a fait appel à des comédiens profe […]
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