C'est à soixante-sept ans que Robert William Fogel, professeur à l'université de Chicago (Illinois) a reçu le prix Nobel d'économie 1993, en même temps que son compatriote Douglass Cecil North, soixante-douze ans, professeur à l'université Washington de Saint Louis (Missouri), pour avoir « renouvelé la recherche en histoire économique par l'application de la théorie économique et des méthodes quantitatives aux changements économiques et institutionnels ». Le jury de Stockholm a ainsi récompensé les deux précurseurs de la « cliométrie » (du nom de la muse de l'Histoire), cette « nouvelle histoire économique » qui a vu le jour aux États-Unis à la fin des années 1950. Jusque-là, l'analyse économique et l'histoire se développaient chacune de son côté, l'histoire adoptant une conception narrative des faits, alors que la science économique appliquait la plupart des méthodes des sciences exactes. Il en résulta quantité de divergences voire d'erreurs d'interprétation que la New Economic History s'est efforcée de corriger.
Né en 1926, de parents russes immigrés, Robert Fogel fait ses études à l'université de Columbia à New York où il commence par étudier la science statistique. Travaillant sous la direction de Simon Kuznets (Prix Nobel en 1971) qu'il reconnaît comme son maître, il obtient son doctorat à l'université Johns Hopkins, enseigne d'abord à Chicago (1960-75), puis à Harvard (1975-81) avant de revenir à l'université de Chicago pour diriger en 1981 le Centre d'économie des populations.
Robert Fogel a contribué à marier la théorie économique, la statistique et l'économétrie à la méthode historique traditionnelle. Cet apport méthodologique lui a permis de procéder à des avancées significatives dans la compréhension de trois domaines particuliers : la révolution des transports et le développement économique du xixe siècle, l'esclavage en tant que système économique et la relation entre le niveau de vie et la croissance économique moderne.
En 1964, la publication de Railroads and American Economic Growth vient m […]
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