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WALSER ROBERT (1878-1956)

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2.  Devenir « un zéro tout rond »

Si le roman de Walser semble parfois rencontrer la grande tradition du roman d'éducation, c'est pour en parodier le thème initiatique dans une poursuite de l'échec qui en est comme le négatif. Joseph Marti, le jeune employé du deuxième roman, Der Gehülfe (Le Commis, 1908), ne semble se faire engager chez l'ingénieur Tobler que pour se placer sous le coup d'une autorité qui le dispense de s'accomplir. Avec le temps, il verra même son statut s'effriter au point de n'être plus qu'un journalier que l'on paye en nature. Cette désappropriation de soi, qui se refuse à participer à la transformation collective du monde, trouve elle-même un étrange écho dans l'impuissance de Tobler à négocier le fruit de ses recherches. D'où une véritable crise du principe de réalité, qui s'accusera encore dans le troisième roman de Walser, Jakob von Gunten (L'Institut Benjamenta, 1909). Singulière éducation dispensée dans cette école sans maîtres ni examens, où des êtres maintenus dans un état d'enfance absolue, isolés du monde extérieur, s'initient à un art de la servitude volontaire qui les libérera de toute responsabilité. Institut dont nous apprenons l'inéluctable déclin à travers le journal de Jakob, son élève le plus exemplaire. Car cet univers de conte reste soumis aux lois de l'existence : le manque d'argent, la ruine, la mort de la « fée », Mlle Benjamenta, sœur du directeur. Mais cette tragique disparition est sans conséquence véritable sur la psychologie de Jakob. Celui qui n'aspire qu'à devenir « un ravissant zéro tout rond » deviendra le compagnon d'errance de son directeur, héros d'un univers enchanté égaré dans le monde réel.

Walser, à l'égal de son personnage, se sent-il étranger au roman ? Toujours est-il qu'il abandonne très vite un genre qu'il juge « trop grand » pour lui (il détruira trois autres romans écrits durant son séjour à Berlin) et se retire dans « la coquille du récit et du feuilleton » pour y approfondir, en dehors de toute intrigue romanesque, cette liberté du regard qui trouve son ac […]

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