Le spécialiste de la monnaie sans doute le plus connu dans le monde au cours des années 1960 et 1970, l'homme qui fut un des universitaires américains les plus écoutés, aimé de ses étudiants, est né « dans un des plus beaux villages » belges, Flobecq. Si, jeune, Robert Triffin rêvait de faire des études d'économie pour entrer un jour à la Banque nationale de Belgique, c'était par pacifisme. Les fonctionnaires d'un institut d'émission sont amenés, pensait-il, à travailler en étroite liaison avec leurs collègues étrangers. Jusqu'à son dernier souffle, son internationalisme est resté profond et, pourquoi pas ? candide.
En juin 1939, il rejoint l'université Harvard, qui lui offre (il y avait déjà soutenu une brillante thèse) un poste d'assistant aux émoluments huit fois supérieurs à ce que lui avait proposé Louvain. Vers la fin de sa vie, comme on lui demande ce qu'il aurait fait en 1940 si, au lieu de vivre aux États-Unis, il était resté en Belgique, il réplique qu'à cette question qu'il s'est souvent posée il n'a pas de « réponse sûre ». Ce à quoi il répugne — la suite du dialogue le montre bien —, c'est de se donner sans risque le beau rôle : « Il m'eût été trop facile, dit […]
