3. « Nonsites » et sites
Bien que l'œuvre de Robert Smithson ait été à de maintes reprises assimilée à l'art minimal – il participe notamment en 1968 à l'emblématique exposition collective au Gemeentemuseum à La Haye –, son propos reste davantage lié aux phénomènes du land art, et ce d'autant plus aisément que cette tendance ne s'est jamais laissée enfermer dans des carcans théoriques aux exigences formalistes rédhibitoires. Les nonsites (« non-sites ») de Smithson, réalisés à partir de 1968, répondent par exemple à la problématique du lieu de l'art soulevé par les artistes apparentés au land art. Constitués par des rochers trouvés lors de ses pèlerinages dans des paysages anthropiques et rassemblés à l'intérieur de bacs géométriques destinés à être exposés, les nonsites, « annexés » par des photographies, des cartes géographiques et autres installations hybrides, investissent un no man's land – ce que l'artiste nomme son « truc va-et-vient » entre espaces d'atelier, plein air et lieux d'exposition. Ces travaux répondent dès lors à une tension dialectique qui met en jeu contenant et contenu de l'œuvre, deuxième et troisième dimensions, nature et culture et, inévitablement, temps et espace.
Parallèlement à ses nonsites, Smithson intervient de plus en plus dans des sites, soumettant ceux-ci à des modifications ou des bouleversements afin de créer les conditions dialectiques d'un équilibre tout aussi précarisé. Qu'elles prennent pour objet l'asphalte déversé dans une carrière à Rome (Asphalt Rundown, 1969), les miroirs déplacés au Yucatan, au Mexique (Mirror Displacements, 1969), ou une baraque en bois partiellement enterrée dans l'Ohio (Partially Buried Woodshed, Kent State University, Ohio, 1970), les interventions de Smithson ne cessent de se dérober et de contourner les impératifs temporels et spatiaux qui définissent la production, l'exposition et la circonscription de l'objet d'art. Quelle place doit-on allouer, à ce titre, aux innombrables diapositives, photographies et […]
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