2. Une esthétique de l'entropie
L'essai Entropy and the New Monuments (L'Entropie et les nouveaux monuments), publié dans la revue Artforum de juin 1966, est le fruit de diverses excursions entreprises cette fois-ci avec Carl Andre, Michael Heizer, Robert Morris et Claes Oldenburg dans des sites industriels désaffectés. L'essai de Smithson fait l'éloge des systèmes dont « l'énergie se perd plus facilement qu'elle ne se capte » et s'intéresse aux « nouveaux monuments » constitués de matériaux artificiels – plastique, chrome et lumière électrique – qui « ne sont pas construits en vue de la durée, mais plutôt contre ». S'appuyant sur une lecture souvent en décalage, pour ne pas dire en contradiction, avec la doxa théorique échafaudée par les artistes auxquels il se réfère, Smithson convoque des créateurs (Dan Flavin, Sol LeWitt, Don Judd) qui, selon lui, ont contribué à « neutraliser le mythe du progrès » et voient « le futur à reculons », corroborant ainsi le sentiment de l'écrivain cité par l'auteur, Wylie Sypher (1905-1987), pour qui « l'entropie, c'est l'évolution à l'envers ». Cette apologie de l'impureté, du défaillant, de l'obsolète et de l'anachronique se situe bien évidemment en porte-à-faux avec la conception téléologique de l'histoire de l'art défendue par les modernistes, par ailleurs réfractaires à toute implication temporelle dans l'expérience esthétique. Smithson, lui, ne cesse de s'attacher à une temporalité. « L'instantanéité fait que le travail de Flavin appartient davantage au temps qu'à l'espace. Le temps devient un lieu dépourvu de mouvement », écrit-il, afin de démontrer que les processus de transformation et de détérioration propres à l'entropie se concrétisent dans le temps.
Les différentes expériences tant littéraires que plasticiennes de 1966 marquent la véritable amorce de la trajectoire fulgurante de l'artiste. Smithson participe cette année-là à Primary Structures, exposition mythique du Jewish Museum de New York, conçoit des projets avortés pour le nouvel aéropo […]
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