À l'époque du Front populaire, Robert Marjolin se définit « à la fois comme socialiste et libéral ». Il explique : « Le socialisme me paraissait essentiel parce que nous vivions dans une société inégalitaire qui ne comportait ni salaire minimal, ni sécurité sociale, ni éducation gratuite. Et j'étais libéral parce que, au fond, j'avais vu les États-Unis, et j'étais convaincu qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'améliorer le sort des gens, c'était de résoudre le problème de la production. » L'originalité de la position, qui chez tout autre ne révélerait qu'un solide goût du paradoxe, constitue chez Robert Marjolin un résumé réfléchi de sa vie. Né le 27 juillet 1911 dans une famille modeste – son père était employé de commerce –, il quitte l'école à quatorze ans « comme il était normal dans le milieu où je vivais ». Pendant cinq ans, le jeune homme exerce différents métiers jusqu'à subir le contrecoup de la grande crise de 1929. À dix-neuf ans, Robert Marjolin perd son emploi et décide de reprendre ses études, s'orientant vers la philosophie à la Sorbonne. Trois certificats de licence, grâce à sa mère « qui se remet à faire des ménages pour me permettre de poursuivre des études ».
Étudiant passionné, il est remarqué par le directeur de l'École normale supérieure qui lui fait obtenir une bourse de la fondation Rockefeller. En 1932, il part pour une année aux États-Unis. Une expérience unique qui le marquera à tout jamais et en fera un américanophile convaincu. À dix-huit ans, Robert Marjolin a adhéré aux Jeunesses socialistes. À son retour des États-Unis, un petit texte qu'il publie sur « Les Expériences Roosevelt » tombe dans les mains de Léon Blum qui lui propose, à vingt-deux ans, de prendre la responsabilité de la page économique du Populaire. Marc Joubert, c'est son pseudonyme, commente les événements pendant que Robert Marjolin poursuit ses études d'économie avec Charles Rist, qui a fondé l'Institut de recherches économiques et sociales. Licence, doctorat, agrégation de droit couronnent les brilla […]
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