4. Une reconnaissance différée
En 1929, alors que Sigfried Giedion écarte la candidature de Mallet-Stevens au poste de délégué des Congrès internationaux d'architecture moderne en avançant la dimension trop décorative de son travail, sa notoriété en France n'a d'égale que celle de Le Corbusier. La variété des pratiques de Mallet-Stevens lui permet en réalité d'aborder toutes les dimensions et les échelles de l'architecture. Les aménagements d'expositions et aménagements intérieurs, la conception de magasins, le dessin de meubles auxquels il assigne un rôle d'accompagnement de l'architecture relèvent d'une conscience aiguë des relations entre artisanat et industrie. L'intégration de techniques sophistiquées dans ses projets se manifeste par des collaborations comme celle de l'ingénieur éclairagiste André Salomon. Reconnue tardivement, l'architecture de Mallet-Stevens illustre également les problèmes que doit affronter l'architecture du xxe siècle dans sa phase de patrimonialisation. Constructions altérées, comme celles de la rue Mallet-Stevens, ou même dépecées, comme la villa de Croix qui ne doit sa survie qu'à la ténacité de l'Association de sauvegarde de la Villa Cavrois et à son achat par l'État au cours de l'année 2001, les œuvres de Mallet-Stevens montrent, au tournant du nouveau siècle, toute la fragilité matérielle des architectures du xxe siècle. Entre les anciennes disparitions et l'avenir incertain, l'architecture de Mallet-Stevens est frappée par les effets conjugués de l'appétit des marchands d'art et des lacunes de l'historiographie contemporaine.
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