C'est dans le long passage en prose « 91 Revere Street » qui fait partie du recueil Life Studies (1959) que le poète américain Robert Lowell retrace sans détours son histoire personnelle et se présente sans complaisance : fils unique, maussade, traînant son ennui, son narcissisme et sa « légère paranoïa ».
La solitude, la timidité, le besoin et le goût de se dire l'inciteront à quitter Harvard pour Kenyon College où il sait qu'il pourra bénéficier des conseils de John Crowe Ransom et de Allen Tate : le premier, son professeur, lui apprendra les subtilités de la structure et de la texture poétiques, le second l'engagera à se convertir au catholicisme : cette conversion ne sera que temporaire.
Dans ses premiers recueils, où l'on perçoit l'écho de voix connues : Eliot, Yeats, et surtout Hart Crane, Lowell cultive avec une ferveur tenace l'inquiétude et l'angoisse dont les puritains se nourrissaient avec délectation : introspection, examen de conscience, rumination quotidienne sur la corruption humaine et la dégradation de la créature, doute, incertitude, désespoir de l'âme qui s'interdit de supposer qu'elle pourrait échapper à la damnation.
Après la publi […]
