3. Le poète de l'enfance ; le romancier d'aventures
Voici venir les années fécondes qui apporteront renom, gloire et fortune. Années toujours menacées par la phtisie. Luttant avec une héroïque volonté, Stevenson dont l'œuvre exalte la jeunesse, l'action débridée, l'optimisme et le courage prend à nos yeux une stature d'une émouvante noblesse ; car ce combat incessant, il aura l'élégance de le cacher, tout en courant la Suisse, la Provence, Hyères et Bournemouth pour trouver l'impossible guérison. Et, après avoir brigué en vain une chaire à l'université d'Édimbourg, il consacre tout son temps à enchanter de ses poèmes et de ses récits romanesques son jeune beau-fils, Lloyd Osbourne, qui en 1880 avait quatorze ans. Pour lui, il compose des poèmes d'enfant et réussit la gageure de décrire ce petit monde, avec sa naïveté, son imagination cocasse, sans fausser la véritable sensibilité poétique de l'enfance. D'instinct, il a retrouvé sa propre enfance, dont sans doute il ne s'évada jamais : Jardin de poèmes pour enfants (A Child's Garden of Verses, 1885). Pour lui encore, son premier roman L'Île au trésor (Treasure Island, 1883), qui triomphe aussi bien auprès des enfants que des adultes, parce que le récit de ces dangereuses aventures a la pureté symbolique d'une recherche qui se plaît davantage dans la quête que dans la découverte. Tous les autres romans reprennent librement sans fausse imitation la tradition de Walter Scott. Stevenson s'y montre conteur prestigieux, habile et varié ; par lui, le roman d'aventures devient œuvre artistique sûre de ses droits. Chaque nouveau roman, Kidnappé (Kidnapped, 1886) et sa suite Catriona (1893), Le Maître de Ballantrae (The Master of Ballantrae, 1889) ou son chef-d'œuvre, hélas ! inachevé, Le Barrage d'Hermiston (Weir of Hermiston, 1896), progresse dans l'étude des mobiles et des actes, approfondit le thème de la poursuite qui nous unit mystérieusement au drame du chasseur et de sa proie. Le problème du mal et de la prédestination hante l'esprit de cet Écossais qui n'a pas oublié la dure religion de son enfance. Il montre la force dégradante de la haine et l'âpreté du conflit entre père et fils, que décrit son dernier roman, transpose avec art son propre drame. Quant au fameux Dr Jekyll et M. Hyde (The Strange Case of Dr. Jekill and Mr. Hyde, 1886), il illustre de façon facile, mais fascinante, l'un des problèmes majeurs de la psychanalyse, celui de la double personnalité et du subconscient.
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