2. Le bohème vagabond ; Fanny Osbourne
Écrivain, Stevenson est artiste, soucieux de bien écrire. Il suit, à sa manière, le mouvement esthétique qui marquera la fin du xixe siècle ; il lit et imite « comme un singe savant » les meilleurs stylistes anglais. Ses recueils d'essais et d'analyses critiques révèlent un esprit délicat, une écriture sensible et recherchée : Virginibus puerisque (1881). Dès 1873, voulant tirer parti de tout ce qu'il voit, il devient un grand vagabond. Après les Hébrides, où il séjourne seul trois mois dans une île, le pays de Galles, l'Allemagne, il vient en France. Nouveau tournant de son éducation littéraire ; il découvre Montaigne, Hugo, Balzac ; il admire Villon. Il descend en canoë la Sambre et l'Oise, dans un accoutrement que ne renieraient pas les hippies (« sur la tête une calotte de modèle indien, une chemise de flanelle foncée que d'aucuns diraient noirâtre, une légère veste de cheviotte, un pantalon de toile et des jambières de cuir »). Il en tire son premier livre : An Inland Voyage (1878). Seul avec un âne baptisé « Modestine », il parcourt les Cévennes, et c'est le charmant récit de Voyage avec un âne (Travels With a Donkey in the Cevennes, 1879). « J'étais l'animal le plus heureux de France », écrira-t-il.
C'est auprès des rapins de Fontainebleau que Stevenson rencontre, en 1876, la femme qui devait donner à sa vie son sens définitif. Fanny Osbourne a dix ans de plus que lui : elle était la première artiste américaine que les peintres de Barbizon admettaient parmi eux. Elle avait l'esprit moqueur mais le caractère bien décidé. Il était impulsif, gouailleur, optimiste, et tous deux haïssaient les conventions sociales. Paris les unit dans un amour commun des bouquinistes, des musées et de Montparnasse. En 1878, Fanny retourne aux États-Unis pour divorcer d'un mari fort médiocre. En août 1879, sur son appel, l'écrivain décide d'aller la rejoindre, malgré le diagnostic pessimiste des médecins. Il a raconté son étonnant et difficile voyage dans The Amateur Emigrant (1880). Il retombe malade. Les soins vigilants de Fanny le sauvent. Il l'épouse le 19 mai 1880, et tous deux rentrent en Écosse, après avoir réduit l'hostilité familiale. C'est le bonheur.
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