L'artiste Robert Indiana — né Robert Clark dans l'État d'Indiana, aux États-Unis — revendique la spécificité américaine de son travail. « Je suis un peintre américain de signes », aime-t-il à dire. Cette caractéristique s'applique aussi bien à l'iconographie de ses œuvres, assimilée à celle du Pop Art, qu'à son mode d'expression, souvent rapproché du courant hard-edge (froid et géométrique) de l'abstraction américaine.
Après avoir fréquenté, à Chicago, l'Art Institute à la même époque (1950-1954) que Claes Oldenburg, Indiana se fixe à New York. Il rejoint la petite communauté de peintres — Ellsworth Kelly, Jack Youngerman, Agnes Martin — installée à Coenties Slip, à la pointe sud de Manhattan, près des docks. Indiana fabrique alors des assemblages formés des résidus des matériaux ayant servi à construire son atelier, auxquels s'ajoute la « ferraille locale » : en particulier les pochoirs de métal qui servent à inscrire le sigle des entreprises du quartier. L'artiste réduit son vocabulaire à ces signes qui sont, pour lui, autant d'emblèmes de l'histoire locale (Melville, 1961, coll. Netsch, Chicago). Reprenant le style de composition et la manière du peintre « precisionnist » américain Charles Demuth (1883-1935), il conçoit des tableaux-cibles, où s'inscrivent des chiffres ou des mots évoquant le mythe américain (The American Dream, 1960, Museum of Modern Art, New York). Le plus fameux d'entre eux, Love, a été popularisé par la jaquette publicitaire du livre d'Erich Segal, Love Story. Héros du film d'Andy Warhol, Eat, Indiana écrit en 1963 : « Je fais partie des jeunes peintres qui se sont tournés vers des sources triviales : Coca-Cola, sodas, supermarchés, panneaux d'autoroute. Ils sont avides de regards. Ils éclatent (they pop). » Cela, sans renier l'apport plus spécifiquement pictural de la peinture abstraite américaine des années 1950. À partir de 1978, il vit dans une île du Maine, Vinalhaven, qu'il célèbre dans de nombreuses toiles. On lui doit également une série de toiles intitulées Peace Paintings, réalisées à la suite de l'attentat du 11 septembre 2001 et exposées à New York en 2004.
Élisabeth LEBOVICI
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