2. De l'émotion à la sagesse
Poète de la Nouvelle-Angleterre, et non pas de tous les États-Unis, il a chanté la vie rude de cette région, les hivers interminables et la solitude oppressante des fermes perdues dans la montagne, mais aussi le soudain réveil de la nature au printemps et les joies que procurent les travaux des champs. Sans tomber cependant dans le régionalisme : il s'est lui-même proclamé universalist ; son sujet n'est pas le fermier de Nouvelle-Angleterre, mais l'homme face au monde. Ses poèmes sont des métaphores, ou des « synecdoques », disait-il. Chacun d'eux est « une partie prise pour le tout », un fragment du puzzle universel dont le poète essaie de reconstituer le dessin.
Il n'écrivait pas par jeu, mais pour voir plus clair en lui-même et dans le chaos du monde. « Tout poème clarifie quelque chose. » Par « clarifier », il entendait « faire prendre conscience » d'horizons infinis sans donner pour autant dans le mysticisme ou la sentimentalité. Il ne s'apitoie jamais sur l'homme ni ne se lamente sur son insignifiance. Mais son stoïcisme n'exclut pas l'angoisse. Pour lui, comme pour les plus désespérés des poètes, la vie peut-être débouche sur le néant ou l'absurde plutôt que sur Dieu et l'harmonie, mais ironie et humour à tout moment freinent ses envolées lyriques et l'empêchent de sombrer dans le désespoir. Toute son œuvre mériterait le titre d'un de ses poèmes : « Feu et Glace ». Un feu caché y couve ; la glace de son scepticisme ne l'empêche pas de promener sur le monde un regard curieux et de décrire avec amour le décor dans lequel évoluent ces étranges créatures qu'on appelle les hommes et qui ne savent pas très bien ce qu'elles font là. Ses poèmes commencent par l'émotion (« begin in delight ») et s'achèvent par la sagesse (« end in wisdom »).
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