Les meilleurs critiques américains s'accordent à reconnaître que Robert Frost occupe, aux côtés de T. S. Eliot, une place centrale dans la poésie américaine du xxe siècle. On lui reproche parfois le caractère exclusivement champêtre de son œuvre, qui semble condamner toute notre civilisation. Il n'en est pas moins poète, parce qu'il a tenté de communiquer avec sincérité, d'une manière à la fois lyrique et impersonnelle, l'émerveillement qu'il éprouvait à vivre.
1. De la Nouvelle-Angleterre à la poésie
Ce poète de la Nouvelle-Angleterre est né à San Francisco et a passé en Californie les dix premières années de sa vie. À la mort de son père, journaliste politique passionné, il fut ramené par sa mère, qui était institutrice, dans la Nouvelle-Angleterre de ses ancêtres. Il y fit de très bonnes études secondaires et, après avoir enseigné pendant quelque temps dans une école primaire, il suivit des cours de latin, de grec et de philosophie à l'université Harvard. Il en partit sans diplôme au bout de deux ans et essaya alors, sans grand succès, de gagner sa vie comme fermier. Il lui fallut redevenir instituteur, mais sa vocation, depuis son adolescence, était d'être poète. Aussi, en 1912, à trente-huit ans, las d'enseigner, de végéter et d'être incompris dans son pays, il rompit avec son passé et s'installa en Angleterre avec sa femme et ses quatre enfants, dans une petite ferme du Buckinghamshire, puis dans le Gloucestershire. Pour la première fois de sa vie, il y rencontra des poètes tels que Lascelles Abercrombie, W. W. Gibson, Rupert Brooke, Edward Thomas. Encouragé par eux, il publia en 1913 à Londres son premier recueil, A Boy's Will (Ce que veut un garçon), qui fut très favorablement accueilli par les critiques anglais. L'année suivante, North of Boston (Au nord de Boston) eut encore plus de succès que le précédent recueil.
La guerre ayant dispersé ses amis anglais, il rentra aux États-Unis au début de 1915. Il en était parti inconnu, faisant même figure de raté aux yeux des siens. Il y r […]
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