2. Un univers gagné par le doute
Solitaire et timide, en quête de reconnaissance et de pureté mais en proie à une obsession de la survie qui peut virer à l'égocentrisme et à une mégalomanie qui lui fait perdre tout contact avec la réalité, ne lui offrant d'échappatoire que dans une violence et une folie autodestructrices, De Niro incarne, à travers ses personnages, l'image d'une Amérique de moins en moins civilisée : hétérogène, incapable de retrouver une unité perdue.
Dans son premier film en tant que réalisateur, A Bronx Tale (Il était une fois le Bronx, 1993), De Niro revient sur la thématique de Mean Streets, en interprétant un père « biologique », Lorenzo, qui tente vainement de faire respecter quelques principes moraux et la noblesse d'un travail honnête (conducteur de bus) à son fils Calogero, fasciné par un père de substitution, le caïd Sonny, qui l'entraîne presque malgré lui à respecter la dure loi du Bronx et de la rue. Entre ces deux films à la tonalité fort différente – celui de De Niro est d'une grande sobriété – se manifestent quelques éléments fondamentaux de la figure de l'acteur, et ce que l'on pourrait pratiquement considérer comme l'univers d'un auteur : la relation entre une figure paternelle, souvent dépassée, et un fils, réel ou spirituel – un personnage solitaire qui s'enfonce dans des contradictions et dans une forme de claustration mentale, plongé dans un univers violent où règne une déchéance morale qu'il ne comprend pas ou qu'il refuse (souvent les deux). Au bout du chemin, la destruction, l'autodestruction et le plus souvent la mort. Mais aussi une forme de rédemption...
De Mean Streets, où il interprète un jeune voyou opérant sur les trottoirs du Bronx, à sa deuxième réalisation, Raisons d'État (2006), qui revient sur la création de la C.I.A. à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, où se mêlent à nouveau liens de paternité, réels ou symboliques, et effondrement des valeurs morales, De Niro nous présente un monde violent, cruel (Casino, de Martin Scorsese, 1995), parfois gagné par la folie (After Hours, de Martin Scorsese, 1985). Se doter de lois au moins égales en cruauté (Les Affranchis, de M. Scorsese, 1990) ne suffit pas à empêcher la confusion de revenir, sapant la réalité entière.
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