3. Le style de Voltaire
Rivarol est, en littérature, le parfait élève de Voltaire. Comme l'enseigne le sensualisme, tout langage est le signe d'une pensée : « Admirable propriété de la parole de montrer ainsi l'homme tout entier ! » Rivarol a donc mis en application une stylistique de la métaphore dont Joubert devait pousser les effets jusqu'à l'extrême. Il incarne là aussi un point de perfection. « Ce qui n'est pas clair n'est pas français. » Son style, imagé et chaleureux, n'a pas vieilli. Lui qui réduisait tout phénomène à ses limites naturelles a fait de ce dépouillement, de cette purge préliminaire le support de l'excellence. Convaincu que les mots et les concepts existent en nombre suffisant et que le secret de l'art d'écrire consiste à les utiliser à bon escient, Rivarol mérite de figurer dans le panthéon de nos meilleurs écrivains, et, s'il est du petit nombre de ceux que l'on relira toujours sans ennui et non sans profit, cela prouve qu'il ne se trompait pas en misant sur la perpétuité de la nature humaine.
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