4. Le sacré et la religion
On comprend que, parallèlement à ces deux types de rites, se soit développé un effort pour échapper à une telle antinomie, c'est-à-dire pour communiquer avec la puissance inconditionnée sans pourtant abandonner la sécurité que procure une condition humaine enfermée dans des règles et garantie par elles. Toutefois, cela n'est possible que par une transposition, une élaboration rituelle qui transforme le principe numineux en un principe sacré, dont les symboles et les manifestations ne sont plus immanents, mais transcendants, c'est-à-dire à la fois extérieurs à la condition humaine et capables de la fonder. C'est pourquoi le sacré est représenté par des modèles archétypiques.
On trouve de nombreux exemples de cette élaboration. Ainsi, le mort, qui est pour la perception immédiate un objet impur, devient un ancêtre tutélaire. On a recours, pour cela, à des rituels qui le sacralisent. Certains peuples procèdent à des funérailles en deux temps : une fois passée la période pendant laquelle le cadavre est simplement numineux, une cérémonie a lieu qui le transforme en génie bienfaisant, ou bien en un être mi-humain, mi-animal, comme le totem du clan.
Parmi les rites religieux, on peut distinguer ceux qui ont pour objet de poser la transcendance du sacré en le séparant du profane et ceux qui permettent à l'homme de participer au monde sacré.
Dans la première catégorie trouveront place toutes sortes de rites négatifs qui, dans leur aspect extérieur, ressemblent à des tabous. Ainsi il est interdit de manger l'animal-totem ; mais on le fera cependant dans certaines circonstances particulières qui seront des cérémonies de participation et de communion. Aux rites négatifs s'apparentent également toutes sortes de formes d'ascèse, tels les jeûnes, par exemple. Pour séparer le sacré du profane, il faut, en définitive, marquer symboliquement que tout ce qui est donné dans la nature ne peut être sacralisé qu'en étant marqué par des modèles archétypiques. L'individu […]
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